La médicalisation des problèmes sociaux

Jadis accepté dans nos réunions familiales, le petit gêné de la famille réussissait à se faire oublier, cherchant un coin où passer tranquillement la soirée. Il était solitaire ? Apeuré ? Troublé ? Qu’importe, nous le respections. Aujourd’hui, fuir un groupe de personne ou la foule est considéré « anormal ». On diagnostique le trouble de « phobie sociale » et une pilule vient avec ça !

Nous remettons en question l’évaluation des symptômes que les spécialistes font auprès des personnes, qu’elles vivent des problèmes de santé mentale ou pas. Vivre une période de deuil est un passage obligé, faut-il qu’il soit médicamenté ? L’anxiété vécue à cause de la pauvreté est-elle signe d’un problème de santé mentale ou simplement une émotion des plus plausibles à l’approche du zéro dans le compte en banque. Ne réagirions-nous pas de même ?

Considérer les « problèmes » de santé mentale comme une maladie limite une vision de la personne et de sa situation qui se doit d’être beaucoup plus large. C’est en fait la vision globale. « Cette vision globale tient à une définition des problèmes sociaux qui met de l’avant que le contexte économique, politique, social, culturel et environnemental dans lequel vivent (ou ont vécu) les personnes constitue un des déterminants majeur de leur bien-être et influe sur leur capacité à exercer du pouvoir sur leur vie. » (Tiré du Mémoire du RQ-ACA sur la réforme du droit associatif, mars 2009, p.17)

Le DSMIV, le "Diagnostic and Statistical Manuel - Revision 4" est un outil de classification qui représente le résultat actuel des efforts poursuivis depuis une trentaine d’années aux États-Unis pour définir de plus en plus précisément les troubles mentaux. Mais nous savons que la science procède par abstraction : elle observe, désassemble, mesure puis classe les symptômes dans des catégories de maladies. La personne, elle, les vit comme un tout. Pour elle, un symptôme ne se réduit pas au phénomène physiologique auquel il fait référence mais implique sa personne en son entier.

C’est donc à partir de ces références (DSMIV) que les médecins psychiatres écoutent les patients pour leur répondre de leur mieux. Nous soulignons que, depuis plus de trente ans, ce dictionnaire s’est actualisé : en fait, il s’est approprié de « nouvelles maladies » qui sont pourtant des comportements et des conditions sociales désormais affubés d’un diagnostic en santé mentale.

Dans un texte sur la médicalisation des problèmes sociaux, M. Amnon J. Suissa explique ce phénomène ainsi :

« Pour reprendre les termes de Gori (2005), nous assistons aujourd’hui à une pathologisation de l’existence où la médecine a pris le relais, via la médicalisation, pour gérer de plus en plus notre vie quotidienne. La médecine et la psychiatrie, par exemple, participent activement, au nom de la santé publique, à la définition d’une norme de comportement dans tous les aspects de l’existence. À ce titre, on peut penser aux comportements et ou conditions tels que le tabagisme, l’hyperactivité avec ou sans déficit d’attention, la ménopause, les phases de la naissance et de la mort, les relations sexuelles (viagra), les dépendances aux psychotropes, au jeu, affectives et amoureuses, cyberdépendances, achat compulsif, troubles de l’humeur, etc. » ( Voir un extrait.)

Nous croyons que les « problèmes de santé mentale » sont largement tributaires du développement de l’ensemble de la société et de ses visées politiques. Comme nous le savons maintenant, plusieurs changements sociétaux influencent le rapport de la personne avec son environnement. En ce sens, nous croyons qu’afin de s’adapter à cette réalité et aux revirements auxquels elles font face, les personnes développent une extraordinaire capacité d’adaptation nécessaire à leur survie. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Pour en savoir plus sur :La psychiatrisation des problèmes sociaux