La médicalisation des problèmes sociaux

Le DSMIV, le "Diagnostic and Statistical Manuel - Revision 4" est un outil de classification qui représente le résultat actuel des efforts poursuivis depuis une trentaine d’années aux États-Unis pour définir de plus en plus précisément les troubles mentaux. Mais nous savons que la science procède par abstraction : elle observe, désassemble, mesure puis classe les symptômes dans des catégories de maladies. La personne, elle, les vit comme un tout. Pour elle, un symptôme ne se réduit pas au phénomène physiologique auquel il fait référence mais implique sa personne en son entier.

C’est donc à partir de ces références (DSMIV) que les médecins psychiatres écoutent les patients pour leur répondre de leur mieux. Nous soulignons que, depuis plus de trente ans, ce dictionnaire s’est actualisé : en fait, il s’est approprié de « nouvelles maladies » qui sont pourtant des comportements et des conditions sociales désormais affubés d’un diagnostic en santé mentale.

Dans un texte sur la médicalisation des problèmes sociaux, M. Amnon J. Suissa explique ce phénomène ainsi :

« Pour reprendre les termes de Gori (2005), nous assistons aujourd’hui à une pathologisation de l’existence où la médecine a pris le relais, via la médicalisation, pour gérer de plus en plus notre vie quotidienne. La médecine et la psychiatrie, par exemple, participent activement, au nom de la santé publique, à la définition d’une norme de comportement dans tous les aspects de l’existence. À ce titre, on peut penser aux comportements et ou conditions tels que le tabagisme, l’hyperactivité avec ou sans déficit d’attention, la ménopause, les phases de la naissance et de la mort, les relations sexuelles (viagra), les dépendances aux psychotropes, au jeu, affectives et amoureuses, cyberdépendances, achat compulsif, troubles de l’humeur, etc. » ( Voir un extrait.)

Nous croyons que les « problèmes de santé mentale » sont largement tributaires du développement de l’ensemble de la société et de ses visées politiques. Comme nous le savons maintenant, plusieurs changements sociétaux influencent le rapport de la personne avec son environnement. En ce sens, nous croyons qu’afin de s’adapter à cette réalité et aux revirements auxquels elles font face, les personnes développent une extraordinaire capacité d’adaptation nécessaire à leur survie. Et vous, qu’en pensez-vous ?