C’est ici pour connaître notre opinion !

L’expérience de la folie des personnes utilisatrices en santé mentale est un fondement indéniable sur lequel nous comptons afin de travailler à l’amélioration des soins en santé mentale. Chaque jour, l’échange des personnes du groupe d’entraide s’ouvre sur leur propre expertise. Cette dernière est primordiale et doit être entendue afin de parfaire l’accueil de la souffrance dans nos familles, notre communauté et partout au Québec. Nous croyons fermement qu’accueillir un « client » ou un « patient », c’est nier d’emblée l’ensemble de l’expérience et réduit la personne à un simple consommateur de services.

Nous croyons que les « problèmes de santé mentale » sont largement tributaires du développement de l’ensemble de la société et de ses visées politiques. Comme nous le savons maintenant, plusieurs changements sociétaux influencent le rapport de la personne avec son environnement. En ce sens, nous croyons qu’afin de s’adapter à cette réalité et aux revirements auxquels elles font face, les personnes développent une extraordinaire capacité d’adaptation.

C’est ainsi que, selon nous, il ne faut pas regarder les problèmes de santé mentale sous l’angle de la maladie mais sous celui d’une personne qui vit en société avec des contextes sociaux, politiques, culturels, et environnementaux qui ont un impact direct sur son cheminement personnel. Sa « maladie » mentale devient alors une quête de sens afin d’améliorer son bien-être et d’agir sur son environnement.

Plutôt que la transformation des services, une transformation sociale.

La transformation sociale est une action portée par plusieurs personnes qui tend à améliorer la société actuelle. C’est ainsi que notre groupe fonctionne. Partant du principe que chaque individu est (...)

La transformation sociale est une action portée par plusieurs personnes qui tend à améliorer la société actuelle. C’est ainsi que notre groupe fonctionne. Partant du principe que chaque individu est porteur d’une expertise bien à lui et à partir de la culture de chacun, de son parcours de vie, de ses représentations et pratiques mais également de ses préjugés, un travail collectif de débat doit faire naître une réflexion et des solutions pour le groupe, sur des problématiques de politiques publiques : à partir des intérêts particuliers, se construit peu à peu l’intérêt général. Par exemple, participer aux débats et se rallier ensemble a permis à plusieurs citoyenNEs l’habitation de nouveaux logements à prix modiques, à la mise en valeur de biens collectifs (comme le Parc Orford) ou des droits acquis en santé mentale par exemple, tout en rencontrant des personnes d’autres milieux venus leur prêter main forte. Ils apprennent ainsi à respecter l’autre et à s’engager dans la vie de la société. C’est pourquoi l’éducation populaire trouve pleinement sa légitimité dans la démocratie, les valeurs de respect, de solidarité et de partage, qui n’existent que parce qu’il y a une pratique citoyenne. À l’Avant-garde, nous plaçons les citoyenNEs au cœur du champ de l’action pour leur donner la possibilité de devenir véritablement acteurs de transformations sociales.

L’accueil de la souffrance ou de la différence

Qu’importent nos origines ou nos dispositions psychologiques, nous avons tous été un petit enfant cherchant l’épanouissement dans la dignité. Nous voulions voir, dans le regard de l’autre, la (...)

Qu’importent nos origines ou nos dispositions psychologiques, nous avons tous été un petit enfant cherchant l’épanouissement dans la dignité. Nous voulions voir, dans le regard de l’autre, la reconnaissance de notre identité et de notre capacité à en assumer le plein contrôle.

Les personnes qui arrivent à l’Avant-garde possèdent toutes un, deux ou même plusieurs diagnostics. Institutionnalisées ou non, le stigmate est présent et les clients dans les services en psychiatrie arrivent convaincus, pour un grand nombre d’entre eux, que leur état de personne malade est définitif. Pour la grande majorité, diagnostic et traitement pharmacologique riment avec jusqu’à la fin de mes jours. « La mise en mots de l’expérience de la « maladie mentale » amène donc irrémédiablement la personne à se situer vis-à-vis des savoirs experts. Parfois, son récit s’appuie sur ces derniers, comme lorsque la personne s’affirme comme schizophrène ou maniaco-dépressive, s’approprie son diagnostic psychiatrique comme base de son identité. » (Tiré du document de travail de Karine Vanthuyne « Trouver les mots pour le dire ». )

Que le diagnostic sorte de la bouche d’un médecin généraliste, d’un psychiatre ou même, entendu d’un ami ou un parent, il semble que l’impact soit le même. Certaine que ses problèmes de santé mentale sont une maladie, (concept soutenu par la publicité gouvernementale) elle se pose la question : « Mais qu’est ce qui m’est arrivé ? ». Quelques personnes sont heureuses de savoir qu’elles ont une maladie qui explique, enfin !, leur malaise. D’autres veulent comprendre ce qui s’est passé pour en arriver là, se rétablir et reprendre un pouvoir sur leur vie.

Il va s’en dire que « péter une crise » en oncologie est acceptable, pas en psychiatrie. Le client en santé mentale reçoit un traitement pharmacologique et se retrouve dans tout un processus de privilèges associé à ses comportements de personne souffrante. La souffrance est entourée de normes, certaines pour la sécurité et le bien-être de chacun, d’autres que les citoyenNEs qui s’y sont frotté, sont considérées moins à propos : si vous faites bien : vous lever, vous laver, respecter les heures de fumoir, on vous permettra de garder vos vêtements. Lorsque les malades outrepassent les normes, ils se retrouvent en jaquette. En 2009.

Dans le groupe d’entraide, la personne est aussi accueillie dans toute sa globalité, dans ses besoins urgents du moment par l’écoute, le soutien et l’accompagnement. Les crises seront vécues dans une salle loin des regards des autres. C’est ce que notre groupe privilégie : l’accueil de la souffrance ou de la différence. Éventuellement et selon le rythme de la personne, nous démystifierons les problèmes de santé mentale abordant l’ensemble des causes qui peuvent l’influencer notamment le contexte familial, social, économique, politique et environnemental dans lequel la personne a vécu et vit présentement. L’encouragement, l’éducation populaire, les remises en question des choix de vie, la compréhension du fonctionnement du réseau feront que plusieurs personnes développeront une compréhension différente de sa propre santé mentale. Et c’est la compréhension même de ces facteurs ainsi que leur implication active dans leur choix de traitement qui permettront aux personnes de développer leur compétence dans le champ de leur santé mentale. Et par ricochet, de reprendre une vie active dans leur communauté en redevenant acteur dans la cité.

L’expertise des citoyenNEs de notre groupe d’entraide a aussi démontré ce constat, moins heureux mais tout aussi juste que : dans la mesure où la frontière sociale entre émotions et santé mentale reste poreuse, l’étiquette « malade » sera facilement appliquée aux personnes dont le sens critique n’a pas survécu aux pressions de leur milieu. Le regard qu’elles porteront sur elles-même sera dorénavant entaché par cette vision étroite et malhabile que leur environnement leur projettera. Heureusement, l’entraide qui confirme ses propos est aussi habile pour alléger la souffrance de ses pairs.

Les services de santé et la santé mentale

Les personnes du groupe d’entraide ont rapporté depuis les quinze dernières années que la transformation des services est devenue un corridor de services où elles se sentent perdues « au coeur des (...)

Les personnes du groupe d’entraide ont rapporté depuis les quinze dernières années que la transformation des services est devenue un corridor de services où elles se sentent perdues « au coeur des services ». En fait, elle se retrouve au milieu des professionnels de la santé qui possèdent la pratique médicale (savoir, langage et expertise). Pour elles, elles ne sont pas entendues ni comprises comme elles le voudraient dans leurs problèmes de santé mentale.

D’entrée de jeu, nous voulons souligner que nous ne sommes pas contre le traitement pharmacologique. Comme le déplore les personnes utilisatrices des services, c’est qu’aujourd’hui encore, la pharmacothérapie est LE traitement privilégié, plutôt que d’être retenu comme un moyen parmi tant d’autres. Nous déplorons que ce choix de traitement ne soit pas accompagné de soutien et d’accompagnement rigoureux des professionnels qui les prescrivent dans une perceptive de gestion autonome des médicaments telle que développée par les personnes utilisatrices et leur regroupement. (RRASMM)

Nous croyons que la médicalisation des problèmes sociaux est venue changer la forme des problèmes de santé mentale.

Trop souvent, les personnes se retrouvent confrontées au système qui n’offre que le statut de patient pour s’en sortir. Celui-ci perd sa capacité à fonctionner normalement, dans les limites de ce qui détermine la santé.

Aujourd’hui plus que jamais, les développeurs développent des maladies, et des contextes sociaux sont utilisés pour utiliser les médicaments comme traitement privilégié. « Les conditions principalement sociales se retrouvent de plus en plus incluses dans le DSM-IV comme des déviances au sens parsonien du terme. » (Amnon J. Suissa, et Johanne Collin, Le phénomène de la médicalisation du social : enjeux et pistes d’intervention.) Ainsi naissent de nouvelles maladies mentales qui sont médicamentées : troubles d’adolescence, le deuil, la phobie sociale, l’impuissance, et les catégories de dépressions : la passagère, la dysthymie, la maniaco-dépression, un trouble dépressif unipolaire etc... Toutes ces conditions sont reconnues comme des problèmes de santé mentale.

Selon nous, ces conditions ne sont pas toutes des problèmes de santé mentale. Et toujours selon nous, les personnes qui consultent devraient être référées dans la communauté, auprès des services qui existent en santé mentale dans les groupes communautaires afin d’ajouter au traitement pharmacologique toute la dimension de l’humanité et de la reprise de pouvoir sur leur vie.

Le mémoire

 Enfin le voici !!!  Bonne lecture ...  

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